Interview de M. Alain Gresh à propos du processus d'Oslo

M. Alain Gresh est directeur adjoint du "Monde diplomatique". Il est aussi membre du comité éditorial de la revue "Maghreb-Machrek".

L'interview a été réalisé par téléphone en date du 10 septembre 2008. M. Gresh tient un blog :http://blog.mondediplo.net/-Nouvelles-d-Orient
Israel-Palestine.ch:
Au sortir de la première Intifada, le coût politique et financier de l'occupation devenait insupportable. Certains affirment qu'Israël a uniquement travesti un changement tactique en concession en s'engageant dans le processus d'Oslo. Quelle est la pertinence de cette réflexion ?
A.G.: Tout d'abord, quand on parle d'un acteur, que ce soit Israël, les Palestiniens ou les Etats-Unis, ce n'est jamais un acteur monolithique, il y a des tendances différentes.
Il y a plusieurs choses qui ont poussé les différentes parties aux Accords d'Oslo. Premièrement la fatigue de l'Intifada, des deux côtés. Les Israéliens ont pris conscience qu'ils n'arriveraient pas à mater la révolte palestinienne et que même s'ils la mataient, elle rependrait quelques années plus tard.
Il y a avait aussi cette impression que l'on entrait dans un monde nouveau. C'était pratiquement la fin de l'Union soviétique, la fin de la guerre froide, on était en train de résoudre pas mal de conflits, les négociations avaient été relancées sur l'Irlande etc. En plus les Etats-Unis avaient promis à leurs alliés arabes, qui avaient participé à la guerre contre l'Irak, notamment à l'Egypte, qu'après l'expulsion de l'Irak du Koweït, ils s'engageraient à résoudre le conflit israélo-palestinien. C'est la raison pour laquelle il y a eu la conférence de Madrid en octobre 1991.
Du côté israélien plusieurs facteurs qui ont joué, notamment les pressions américaines. Il faut se rappeler qu'à l'époque, en octobre 1991, c'était Itzhak Shamir qui était Premier ministre. Il a été quasiment forcé par les Américains de venir à la conférence. Il y avait aussi une très forte pression interne, avec un camp de la paix relativement actif. C'est comme cela qu'on est passé des négociations de Madrid aux négociations secrètes d'Oslo et à l'accord.
L'accord était suffisamment ambigu pour pouvoir être interprété de différentes manières. Sa mise en application dépendrait en dernière instance, de la volonté du plus fort, c'est-à-dire de la volonté israélienne que cet accord se transforme vraiment en accord de paix. Ce n'est pas ce qui s'est produit pour différentes raisons, notamment l'assassinat d'Itzhak Rabin.


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Dans quelle mesure le relation privilégie d'Israël avec les Etats-Unis a obéré la crédibilité du rôle de médiateur joué par Washington et comment cela s'est répercuté sur les négociations ?
A.G.: D'abord il faut savoir que les relations entre Israël et Washington évoluent. On peut dire que globalement, depuis 1948, elles vont dans le sens d'un renforcement. Elles n'étaient pas les mêmes dans les années 60, 70, etc. A l'époque des années 90, pendant le mandat de Bush père et celui de Clinton, l'alignement américain sur les positions israéliennes, déjà puissant était moins fort qu'aujourd'hui.
Un des éléments qui pèse, c'est évidemment le lobby pro-israélien. Il faut se rappeler que, dans les années 90, ce lobby ne défendait pas « les intérêts d'Israël ». Il était hostile aux négociations de Madrid et aux Accords d'Oslo. Rabin avait été aux Etats-Unis en disant à ce lobby, en gros, « occupez-vous de vos affaires et laissez-nous faire la paix ». Même un président comme Clinton qui était relativement ouvert à la question palestinienne (il avait rencontré Arafat, il était même allé à Gaza) a toujours partagé la manière de voir israélienne : la question fondamentale c'est la sécurité d'Israël et non celle des Palestiniens, la colonisation a créé des faits accomplis il faut les prendre en compte etc.
Il y a aussi un autre élément qui pèse, qui est un peu psychologique, c'est que les Palestiniens étant la partie la plus faible, il était plus facile de faire pression sur elle. A chaque moment « la communauté internationale » fait des pressions sur les Palestiniens pour qu'ils fassent des compromis supplémentaires et cela n'aboutit plus à un processus de paix mais uniquement à un processus, on va de négociations en négociations sans résultat. Il faut dire que la victoire de Netanyahu, en 1996 quand il a battu Pérès, n'a évidemment pas aidé à accélérer le règlement du conflit.


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Comment expliquer l'acharnement des gouvernements successifs d'Israël, de gauche comme de droite, à vouloir poursuive la colonisation qui a connu une accélération pendant la période d'Oslo ?
A.G.: Depuis le développement du sionisme, il y a un élément idéologique important qui veut que cette terre, la Palestine du mandat britannique, est une terre sur laquelle les Juifs ont droit à un « retour » et de s'installer. Il faut dire que la colonisation a commencé dès 1967, notamment à Jérusalem. Là-dessus il y avait un consensus de la droite et de la gauche que Jérusalem, y compris la partie Est était la capitale éternelle d'Israël. Globalement la colonisation travailliste a été dans le Golan, territoire syrien, et plutôt une colonisation de frontière, sécuritaire sur la ligne du Jourdain.
Mais petit à petit, la victoire israélienne de 1967 a ravivé tout un courant messianique de droite, très puissant, qui va se traduire en 1977 par l'élection de Menahem Begin au poste de Premier ministre. Cela va peser de plus en plus sur les décisions concrètes d'Israël et créer des faits accomplis.
Ce mouvement de colonisation, notamment depuis les années 1990, va être de plus en plus en collusion avec une partie des militaires. Historiquement les officiers étaient travaillistes et non religieux mais, à partir de 1967, il va y avoir la montée d'officiers religieux convaincus du bon droit d'Israël à coloniser et qui vont travailler main dans la main avec les colons. A la fois pour la répression du mouvement palestinien mais aussi sur la confiscation des terres etc.
Depuis la seconde Intifada et les premières négociations qui ont été menées par les Américains après la mort d'Arafat, il y a des engagements pris par Israël de démanteler les colonies dites illégales. Toutes les colonies sont illégales car elles sont contraires au droit international mais du point de vue du gouvernement israélien, il y a les colonies construites avec l'aval du gouvernement et il y a celles qui sont construites sans son aval et qu'il appelle illégales. Depuis trois ans, il y a un engagement du gouvernement israélien à démanteler ces colonies illégales. Il n'en a démantelé aucune. Donc on voit bien la difficulté du gouvernement israélien à affronter ce problème de la colonisation qui est le principal obstacle à tout accord de paix.


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Un rapport du contrôleur général (mai 1997) dénonce le gaspillage de 40% du budget de l'autorité palestinienne, soit 326 millions de dollars. A quels échelons se situent ce gâchis et où est-ce que cet argent a été dilapidé ?
A.G.: Le gaspillage et l'incapacité de l'Autorité palestinienne à gérer les fonds qui lui ont été donnés sont incontestables. Il y a eu un détournement d'argent au profit d'une classe de profiteurs. On peut dire que c'est l'un des échecs de l'Autorité palestinienne : ne pas avoir réussi à construire une autorité respectable si l'on peut dire et même dans des conditions difficiles de l'occupation, quelque chose sur lequel les Palestiniens pouvait s'appuyer.
C'est l'une des deux raisons fondamentales pour lesquelles les gens ont voté Hamas. Il y a l'échec du processus d'Oslo, c'est-à-dire la voie choisie par le Fatah et deuxièmement la corruption. Il est aussi important de souligner que ce n'est pas la corruption qui est la cause de l'échec des Accords d'Oslo. On sait que la corruption est un phénomène difficile à définir. On voit avec l'inculpation du Premier ministre israélien que la corruption existe aussi en Israël.
Si on attend d'avoir ce que l'on appelle la réforme de l'Autorité palestinienne pour avoir un Etat palestinien… Il faut bien comprendre qu'il est d'autant plus difficile d'avoir une gestion transparente alors qu'il n'y a pas d'Etat. Effectivement cette Autorié vit de l'aide internationale. Il ne faut pas oublier qu'entre 1993 et l'éclatement de la seconde Intifada, la communauté internationale a complètement fermé les yeux sur ce qui se passait alors que tout le monde était au courant. Mais on soutenait Arafat car il incarnait la voie vers un règlement politique.
Ce qui a fait échouer les négociations c'est cette politique de colonisation et le refus d'une solution de deux Etats sur une base d'égalité. Cela est très important, si l'on veut une solution, il faut reconnaître aux Palestiniens les mêmes droits que l'on reconnaît aux Israéliens. Israël, les Etats-Unis et l'Europe, acceptent l'idée que c'est Israël qui a le besoin de plus de garanties. Si l'on parle en terme de sécurité, depuis 40 ans, la sécurité des Palestiniens est bien moins assurée que celle des Israéliens.


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On a aussi beaucoup dit qu'Arafat utilisait l'argent pour asseoir son pouvoir ?
A.G.: Oui c'est absolument vrai. Ce n'est pas propre aux Palestiniens. Il a utilisé l'argent qu'il recevait pour asseoir son pouvoir, mais en même temps il a fait un pouvoir. Arafat était sans doute le seul qui aurait pu imposer un accord entre Israël et les Palestiniens. Il avait beaucoup de défauts aussi, mais en même temps, il y avait une Autorité palestinienne, même si elle était faible et par certains aspects corrompue. Aujourd'hui, il n'y a plus d'Autorité palestinienne. Les gens qui sont aujourd'hui à la tête de l'Autorité ne sont pas moins corrompus que ne l'étaient ceux du temps d'Arafat.

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La situation économique des Palestiniens a dégringolé depuis la signature des accords d'Oslo. A ceux qui reprochent à Israël d'avoir entravé la vie des Palestiniens par les bouclages, check-points, rétorsions économiques etc. d'autres répondent que ces mesures font suites aux attentats-suicides et que leurs auteurs portent la responsabilité de l'aggravation des conditions de vies en territoires occupés. Qu'en pensez-vous ?
A.G.: Il y a eu un débat en Israël, à propos de cela. L'attitude de Rabin à chaque fois qu'il y avait un attentat de grande envergure, était d'arrêter les négociations. Ce qui était à mon avis totalement stupide puisque cela donnait au Hamas et aux groupes les plus extrémistes un droit de veto sur les négociations. Sur la question de l'utilisation de la violence et des attentats-suicides, je rappell equand même que le développement des attentats-suicides date d'après février 1994 quand il y a eu l'affaire de la mosquée d'Hébron, avec une trentaine de morts palestiniens, mais aussi le refus de Rabin de ne pas utiliser cette agression d'un colon pour évacuer les colons qui étaient au centre d'Hébron. C'est apparu aux yeux de la population comme complètement injuste, le fait que le gouvernement israélien ne prenne aucune mesure réelle contre l'activité des colons. La violence était condamnable, mais au bout du compte, malheureusement, on a l'impression que c'est l'argument du Hamas et des groupes les plus extrémistes qui a gagné, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de violence il ne se passe rien.
On peut retourner l'argument. Il était utilisé par un journaliste israélien à Haaretz à propos des bombardements de Sdérot. Il disait que « si les bombardements s'arrêtaient, est-ce qu'on irait vraiment vers une solution pacifique ? Pas du tout, s'il n'y avait plus de bombardements, on ne parlerait plus des Palestiniens ». Ce qui est le cas aujourd'hui, il y a eu un accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël et puis il se passe rien sur le plan politique.


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Et par rapport à la situation des Palestiniens qui a dégringolé ?
A.G.: Oui, tous les rapports de la Banque mondiale, du FMI, montrent qu'elle a dégringolé parce qu'il n'y a plus d'économie palestinienne. Et je rappelle que les mesures de restrictions et de barrages prises par Israël datent de 1993. Les mesures les plus dures de restrictions sont antérieures aux Accords d'Oslo, puis elles se sont renforcées depuis.
Ce qui a aussi donné l'impression à une partie des Palestiniens que les accords d'Oslo étaient une duperie. Il est évident que le gouvernement israélien doit vis-à-vis de sa population assurer un équilibre entre la paix et la sécurité. Mais le meilleur moyen d'assurer la sécurité c'est d'avancer vers la paix.
En 1991 quand il y a eu l'ouverture de la conférence de Madrid, en pleine première Intifada, des Palestiniens sont descendus dans la rue pour offrir des fleurs aux soldats israéliens, avec l'espoir que cela allait se terminer. Les gens veulent se sortir de cette situation mais il faudrait que le processus de paix débouche sur des résultats. Or ce qu'ils voyaient sur le terrain, c'était l'avancée jour après jour de la colonisation et donc cela était quand même difficile à accepter.


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Yasser Arafat a essuyé des critiques de toutes parts : autocrate, collaborateurs d'Israël, pratique du double-discours, corruption, etc. Quels points saillants ressortent de son « règne » depuis son retour en Palestine jusqu'à son décès ?
A.G.: Je ne sais pas s'il est trop tôt pour dresser un bilan de l'action d'Arafat. Arafat a été l'homme qui a réussi à faire renaître la question palestinienne et cela restera comme un acquis fondamental. Il a regroupé le peuple palestinien autour de l'OLP, de l'idée de l'Etat nation. En même temps je pense que son bilan en Palestine n'a pas été très positif, même si encore une fois le bilan de ses successeurs n'est pas meilleur, au contraire.
Pour ce qui est du double langage etc, tous les responsables politiques ont des discours différents. Mais je crois réellement qu'il était quelqu'un d'attaché à une solution de paix et qu'il avait accepté l'idée de deux Etats, côte à côte. Là-dessus il n'y avait pas d'ambiguïté dans ses positions.


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Et par rapport à son rapport à la violence, pendant la deuxième Intifada, on l'a beaucoup accusé de l'encourager…
A.G.: Le problème quand vous êtes un dirigeant politique est que vous avez à faire à la communauté internationale et vous avez à faire à votre propre peuple. Je pense que, et cela a été répété par plusieurs responsables des services de renseignements israéliens, il n'a pas été à l'origine de la seconde Intifada, pas plus qu'il n'a été à l'origine de la première.

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Pas qu'il l'ait déclenché mais qu'il ait sauté sur l'occasion.
A.G.: Il a été confronté aux critiques internes…. On sait qu'une partie des attentats a été commis par les brigades des martyrs d'Al-Aqsa qui dépendent du Fatah, donc Arafat devait évoluer entre les pressions internationales et les pressions de son propre peuple disant que s'il n'y a pas de violence on n'arrivera pas vers la paix. L'idée qui me semble contestable est celle qui veut que s'il n'y avait pas eu de violence et de force, on aurait été vers la paix, mais je n'y crois pas du tout. Rien ne prouve cette affirmation dans l'attitude du gouvernement israélien.

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La violence palestinienne crée quand même des doutes parmi la population israélienne, sur les attentes des Palestiniens.
A.G.: Oui, je suis d'accord avec vous, je pense que la principale erreur d'Arafat, depuis très longtemps, est d'avoir toujours cru que la solution était à Washington alors qu'en fait la solution était à Tel-Aviv. Il aurait fallu une stratégie en direction du peuple israélien beaucoup plus déterminée que celle qu'il a eue. Cela aurait permis, sans doute, une évolution différente.
J'ai toujours été frappé que entre le moment du déclenchement de la seconde Intifada fin septembre 2000, et décembre, je ne crois pas qu'il y ait eu un dirigeant palestinien qui est intervenu pour dire « voilà quels sont nos objectifs ». Donc effectivement cela a accrédité l'idée en Israël « Ils veulent nous détruire », « Ils ont un double langage » « Ils ne veulent pas la paix » etc.
Je crois que c'est une sous-estimation réelle de la question de l'opinion publique en Israël et de la nécessité d'avoir un front commun. En même temps, il ne faut pas oublier non plus que c'est Arafat qui a lancé les premiers contacts secrets israélo-palestiniens, qui a reçu à Beyrouth, en 1982 sous occupation, Uri Avnery et d'autres pacifistes israéliens etc. Mais globalement ce n'était pas au centre de sa stratégie et cela était une erreur.


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Le Protocole de Paris a organisé et presque légitimité l'enfermement et la dépendance de l'économie Palestinienne. Dans quel autre domaine le rapport de force foncièrement inégal a interféré sur les négociations ?
A.G.: Israël prend des engagements et n'en respecte aucun en termes de colonisations, d'allègement des barrages en Cisjordanie etc. Là on est dans une situation inégale. Il y a une chose que les Israéliens n'arrivent et pas à comprendre. Quelque soit la direction palestinienne, il y a des concessions qu'elle ne peut pas faire. Après la mort d'Arafat, il y a eu une année avec un gouvernement Fatah d'Abou Mazen qui était sans doute le dirigeant le plus modéré du côté palestinien et il n'y a eu aucun accord. Les Israéliens pensent qu'ils peuvent avoir un accord sans Jérusalem, sans discuter la question des réfugiés et sans un retrait total des territoires occupés en 1967. Aucun dirigeant palestinien ne peut signer cela. Malgré leurs faiblesses, les Palestiniens ne peuvent pas aller vers une solution de capitulation.

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En 2006, Shlomo Ben Ami affirme que s'il avait été palestinien, il aurait rejeté les propositions de Camp David. Pourtant, à l'époque, à peine l'échec du sommet annoncé, la version de « l'offre généreuse de Barak » et « la non-volonté de paix d'Arafat » se propage, y compris parmi des auteurs tels que Amos Oz, David Grossman A. B.Yehoshua. etc. Comment expliquer cette déferlante ?
A.G.: Il faut rappeler que les Palestiniens ne voulaient pas Camp David parce qu'il n'y avait eu aucune préparation, alors que l'on devait aborder les dossiers les plus compliqués qui étaient Jérusalem, les colonies, l'eau, les frontières, etc. Il y a eu des avancées dans ces négociations et ce qui a fait capoter ce n'est pas tellement Camp David que l'interprétation qu'en a donnée Ehud Barak. C'est-à-dire « nous n'avons plus de partenaire pour la paix », « j'ai dévoilé le vrai visage d'Arafat » etc. Alors qu'on aurait très bien pu continuer les négociations. On allait le voir quelque mois plus tard à Taba, on aurait pu ne pas être très loin d'un accord. Avnery traite Barak de « criminel de paix » et il a raison. Il a commis non seulement l'erreur historique de ne pas signer avec les Syriens la paix, en 2000, mais aussi avec les Palestiniens après Camp David.

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Est-ce que l'image véhiculée par Barak de « il n'y a pas de partenaire » etc. a facilité le déchaînement de violence lors de la deuxième Intifada ?
A.G.: Oui, je suis convaincu, il est arrivé à convaincre l'opinion israélienne de cela. Il a vraiment creusé le fossé entre Israéliens et Palestiniens. Et à long terme. Dans les années 1990, il y avait un certain degré de confiance qui s'était établi, maintenant cette dernière a totalement disparue.

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Quel bilan peut-on tirer de cette période du côté israélien et palestinien ? Y a-t-il des acquis irréversibles ?
A.G.: Je ne sais pas s'il y a des acquis irréversibles. Au moins au niveau de la communauté internationale, d'Israël et de la Palestine, on est d'accord avec l'affirmation qu'il faut deux Etats sur cette terre, un israélien et un palestinien ». Il y a deux peuples sur cette terre et il faudra trouver une solution de compromis. On peut rêver sur un Etat unique mais bon, l'acquis essentiel de tout le processus d'Oslo, c'est l'idée de deux Etats et de deux peuples.

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Et par rapport aux choix de négociations graduelles, par étapes, est-ce que vous pensez que cela a été judicieux ?
A.G.: Tout le monde dit que cela n'a pas été judicieux, mais il faut comprendre pourquoi cela s'est fait à l'époque. La droite était au pouvoir en Israël. Il y avait cette idée de période de transition qui était censée créer la confiance entre les deux parties et qui a eu malheureusement l'effet inverse.

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