BENZINE Rachid - Les nouveaux penseurs de l'islam

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BENZINE Rachid - Les nouveaux penseurs de l'islam

Message par L'Autre » ven. nov. 13, 2009 10:25 am

Les nouveux penseurs de l'islam
de Rachid Benzine


Paradoxalement, certains critiques autoproclamés de l’islam agissent en porte-parole du courant le plus extrémiste. Ils se cantonnent à présenter la religion musulmane comme un bloc monolithique intangible et anhistorique. Curieusement, ils ne s’intéressent guère aux musulmans qui proposent une autre compréhension de l’islam. C’est tout le mérite du livre de Rachid Benzine. Mettre en lumière ceux qu’il désigne comme les nouveaux penseurs de l’islam. Qu’ils soient du Maghreb, d’Egypte ou d’Iran, leur but est de réexaminer les manières dont l’islam a pu se construire historiquement. De « revisiter » les interprétations successives et les utilisations qui ont été faites du message coranique et des autres textes fondateurs et de passer ceux-ci au tamis de la critique.

Les protagonistes du premier courant réformiste de l’islam (Afghani, Abduh, Rida etc.) s’étaient davantage penchés sur la mauvaise pratique de l’islam que sur la manière dont ce dernier s’était historiquement construit. A contrario, les nouveaux penseurs de l’islam dont il est question dans cet ouvrage, ne croient pas que l’on puisse se satisfaire de moderniser les sociétés musulmanes dans les domaines scientifiques et techniques sans toucher au corpus premier des interprétations religieuses traditionnelles. Ils sont convaincus qu’il faut repenser le système de l’islam tout entier. Seule une nouvelle lecture des textes fondamentaux pourra permettre d’harmoniser les valeurs cardinales de l’islam avec les exigences de la modernité. Comme le remarque Benzine, l’autonomie de la pensée par rapport aux diktats du religieux s’est montré la clé du fulgurant développement de l’Occident depuis plus de cinq siècles.

Benzine a sélectionné certains de ses nouveaux penseurs qu’il considère comme représentatif Il propose bref aperçu de leurs parcours une synthèse de leurs travaux. Malheureusement, nombreux sont ceux qui ont été persécutés par les pouvoirs en place de leur pays respectif et ont été contraint à l’exil.

Abdul Karim Soroush, un déçu de la révolution islamique en Iran, pose les termes des réformes souhaitables pour l’islam. Il déplore l’idéologisation de la religion et l’accent excessif mis sur les aspects juridiques de l’islam (chari’a et fiqh) au détriment de l’éthique, de la théologie et de la vie spirituelle. Mettre l’accent d’abord sur le ritualisme, sur l’imposition des pratiques extérieures de la chari’a a crée une société religieuse uniforme, sans pluralisme où règnent l’hypocrisie et le monopole de la vérité. Ces deux maladies imposent une vision maximaliste de la religion qui rend impossible le dialogue.

Rachid Benzine revient aussi sur le travail du cheikh Amin al-Khuli, né en 1895, qu’on peut considérer comme le premier chercheur moderne musulman à avoir employé la méthode littéraire pour analyser le Coran. Nasr Hamid Abû Zayd apporte différente réflexion très intéressante sur la nature de la révélation ainsi que sur la relation du divin et de l’humain.

Abdelmajid Charfi rappel que la réforme ne viendra jamais du dehors mais de l’intérieur de la mosquée. Il explique aussi un malentendu entretenu sur la chari’a ; ainsi la révélation ne parle pas de chari’a dans le sens de loi divine mais bien dans le sens de voie. Dans un ordre plus général il estime que le Prophète avait affaire à une société quasi-primitive et qu’il a cherché à obtenir une inversion des valeurs. Mais ses commandements étaient destinés à enclencher une nouvelle dynamique, pas à constituer la base de tout un appareil juridique contraignant et étouffant.
"Étudiez comme si vous deviez vivre toujours; vivez comme si vous deviez mourir demain."

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