FILALI-ANSARY Abdou - Réformer l'islam ?

Recommandations, comptes rendus etc.
Répondre
L'Autre
Administrateur
Messages : 247
Enregistré le : sam. avr. 21, 2007 7:47 am

FILALI-ANSARY Abdou - Réformer l'islam ?

Message par L'Autre » sam. févr. 20, 2010 12:15 pm

Réformer l'islam ? Une introduction aux débats contemporains
de Abdou Filali-Ansary

C’est en 1925 qu’Ali Abderraziq, théologien égyptien de l’université d’Al-Azhar, publie « L’islam et les fondements du pouvoir ». Abdou Filali-Ansary y voit le point de départ d’une attitude nouvelle, inconnue ou oubliée dans les sociétés musulmanes des siècles durant. C’était en effet la première fois, depuis les moments fondateurs de la communauté, qu’une interrogation critique était adressée à des représentations fortement ancrées dans les conceptions dominantes. Un retour critique était tenté, de l’intérieur même de l’orthodoxie, sur des notions et des symboles sacrés. « Réformer l’islam ? » est une synthèse des travaux d’Ali Abderraziq et de ceux, qui ont poursuivi, approfondi et renouvelé cette voix. Ces « nouveaux penseurs de l’islam » (1) sont encore trop ignorés. C’est pourquoi on ne peut que se réjouir du travail accompli par Abdou Filali-Ansary et espérer que son ouvrage connaisse une large diffusion.

L’auteur revient sur la dure condition des intellectuel s en terre arabe et/ou musulmane. Si ce dernier cherche à penser en dehors des admissibles, c’est à dire de prendre à plein corps sa condition d’intellectuel, il peut se voir damné, condamné et même assassiné. Une atmosphère très bien décrite par Moncef Mazouki (2). La ligne rouge à ne pas franchir est la critique des sources de la religion islamique, à savoir le Coran et les Hadith.

La réflexion sur les questions de théologie ne vient aujourd’hui nullement des milieux institutionnels de la religion. Abdou Filali-Ansary y voit là une constatation fondamentale. L’appareil traditionnel même s’il ne détient plus les rênes de l’ordre social, même s’il est substantiellement marginalisé, n’en continue pas moins à reproduire mécaniquement le discours traditionnel ( conceptions religieuses et dispositions de la charia en matière de rite et de statut personnel) et à éviter soigneusement toute entreprise d’harmonisation entre les démarches intellectuelle et sociale et les représentations orthodoxes. Il se laisse aussi, à l’occasion, manipuler par les pouvoirs en place.

C’est sur ce rejet du système construit par la tradition savante que convergent les différents auteurs présentés dans cet ouvrage. Et cela au nom de la fidélité au principe essentiel du message. Il est donc possible et même nécessaire de distinguer entre les principes universels, ceux que la quasi-totalité des théologiens musulmans a reconnus comme étant les maqacid al-charia (visées ultimes de la législation islamique) et la forme, la disposition qu’ils ont prises dans un contexte historique et sociologique donné.

Abdou Filali-Ansary termine l’ouvrage sur une réflexion qui semble des plus pertinente. Ainsi, contrairement à ce qui s’est passé dans le contexte européen, la réforme religieuse ne doit pas être le prélude à l’émancipation intellectuelle et politique. C’est l’émancipation politique qui devrait ouvrir la voie à l’adaptation ou à l’ajustement des conceptions et des attitudes religieuses.

(1) Les nouveaux penseurs de l'islam
(2) Le mal arabe - Entre dictatures et intégrismes : la démocratie interdite
"Étudiez comme si vous deviez vivre toujours; vivez comme si vous deviez mourir demain."

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité