COHEN Mark. R - Sous le croissant et sous la croix

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COHEN Mark. R - Sous le croissant et sous la croix

Message par L'Autre » ven. déc. 26, 2008 12:48 pm

Sous le croissant et sous la croix - Les Juifs au Moyen Age
de Mark R. Cohen


A l’heure actuelle, il ne reste qu’une poignée de Juifs dans le monde arabe. Ils étaient pourtant encore près d’un million au milieu du XXème siècle. A ceux qui prétendent que c’est le sionisme qui est venu briser l’idylle judéo-arabe, d’autres répondent qu’au contraire cela prouve rétroactivement que la vie des Juifs dans les pays arabo-musulman a toujours été un long calvaire. Mark. R. Cohen propose de dépasser ces idées reçues. Le principal atout de son ouvrage est de proposer une approche croisée des relations judéo-musulmanes et judéo-chrétiennes. Il ne s’agit ni d’un livre à charge ni à décharge. L’auteur tente sincèrement de comprendre pourquoi les Juifs jouirent pendant le Moyen Age d’une plus grande sécurité en terre musulmane qu’en terre chrétienne.

En introduction, l’auteur montre que mythe de l’âge d’or en terre d’Islam a été inventé par les mêmes Juifs qui ont forgé ce que Salon Baron considère être « la conception larmoyante de l’histoire juive en Terre chrétienne ». En plein XIXe, il s’agissait de lancer un défi à l’Europe dite libérale. Le mythe resta intact jusqu’à ce qu’il soit repris par des arabes comme un instrument dans leur guerre de propagande contre le sionisme. C’est à ce moment qu’est né le contre-mythe ou ce que Mark R. Cohen nomme « la conception néo-larmoyante de l’histoire judéo-arabe ».

Au-delà des différences, l’auteur rappelle que dès que les religions monothéistes ont été associées au pouvoir, ces dernières ont considéré comme normal, pour ne pas dire obligatoire, de persécuter les religions minoritaires. Mark. R. Cohen explique comment la perception différente du « Livre des Juifs » par les chrétiens et les musulmans explique pour une large part la relative modération du conflit interconfessionnel dans le monde musulman. Il montre aussi que pour être reconnu, l’islam n’eut pas à s’opposer à un ennemi puissant, comme durent le faire les premiers chrétiens qui furent confrontés à la puissance romaine.

Pour ce qui est du statut juridique, l’auteur note de nombreuses similitudes. Il y a toutefois deux différences fondamentales. En terre d’Islam, les Juifs étaient soumis à la loi musulmane (avec une certaine autonomie pour les questions religieuses et civiles), tandis qu’au contraire, l’Eglise médiévale avait tendance à placer les Juifs en dehors de sa juridiction. Qui plus est, en terre chrétienne, les Juifs finirent pas devenir une « propriété » royale d’un genre particulier. En terre d’Islam, ils étaient certes des sujets de seconde classe mais pas un bétail. La deuxième différence est que les juifs en terre chrétienne étaient les seules infidèles alors qu’en terre musulmane ils se fondaient dans une catégorie plus large, les dhimmis (gens du livre).

L’auteur explique que le pacte d’Omar (qui fonde le statut des dhimmis) visait moins à exclure que rappeler la distinction hiérarchique. En tant qu’infidèle, les Juifs étaient inférieures. Cette marginalité ce révéla plus stable dans les pays arabo-musulmans. En terre chrétienne, le statut de marginal dégénéra en exclusion depuis le Haut Moyen Age et particulièrement au bas Moyen-Age.

En matière économique, la différence d’intégration est frappante. En terre d’Islam les Juifs exercèrent un nombre varié d’activités professionnelles. En Occident, les Juifs étaient associés au marchand honnis. Avec l’essor des marchands chrétiens dès le XIIe siècle, les Juifs furent de plus en plus réduits à exercer une profession détestée celle d’usurier. L’usure assura aux Juifs la protection officielle au prix de la haine de l’opinion.

Pour Mark R. Cohen, la violence physique subie par les Juifs en terre d’Islam ne saurait être comparée, même de loin, à celle qui fut infligée dans l’Occident chrétien. Toutefois, elle ne se limita pas au pogrom de Grenade en 1066. D’autres eurent lieu, comme à Fès en 1032, dans la banlieue de Bagdad en 1177-1178 ou à Cordoue en 1135. La plus grave persécution lancée contre les Juifs en terre d’Islam fut celle des Almohades qui commença au milieu des années 1140.
"Étudiez comme si vous deviez vivre toujours; vivez comme si vous deviez mourir demain."

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