SAND Shlomo - Comment le peuple juif fut inventé ?

Recommandations, comptes rendus etc.
Répondre
L'Autre
Administrateur
Messages : 247
Enregistré le : sam. avr. 21, 2007 7:47 am

SAND Shlomo - Comment le peuple juif fut inventé ?

Message par L'Autre » mar. sept. 23, 2008 4:11 pm

Comment le peuple juif fut inventé ?
de Shlomo Sand


« Il fut un temps en Europe où celui qui affirmait que les juifs, du fait de leur origine, constituaient un peuple étranger était désigné comme antisémite. Aujourd’hui, a contrario, qui ose déclarer que ceux qui sont considérés comme juifs dans le monde ne forment pas un peuple distinct ou une nation en tant que telle se voit immédiatement stigmatisé comme ennemi d’Isräel ». Tout comme dans cet extrait de l’avant-propos, l’ironie et la tristesse donnent la tonalité du récit. Shlomo Sand revient avec brio sur l’évolution de l’historiographie juive. Il relate comment et pourquoi certains en sont venus à nationaliser la bible et à la porter au pinacle de la vérité, tout en vouant un culte au « peuple-race » originel dont les Juifs seraient les descendants.

Après un affinement sémantique et une brève analyse du nationalisme, Shlomo Sand replace les différentes narrations de l’histoire juive dans la continuité de l’idéologie de leurs auteurs. Il voit en Heinrich Graetz le premier qui investit ses efforts dans le but d’inventer le peuple juif, le terme de peuple recouvrant déjà en partie la signification donnée à la nation moderne. Le processus aboutit avec l’histoire d’Isräel de l’historien sioniste Ben-Zion Dinur qui fut considéré comme l’historiographie canonique et standardisée du passé juif. Ces auteurs assimilent la bible à un livre d’histoire fiable. Shlomo Sand revient sur les travaux récents, notamment archéologiques, qui mettent à mal le récit biblique. Il prend toutefois ses distances avec certaines conclusions d’Israël Finkelstein qui lui semblent « fragiles ».

Alors que le thème de l’exil juif est gravé dans les consciences populaires, Sand démontre qu’aucun exil massif n’a eu lieu après les deux révoltes juives sous le joug romain. Il détaille la façon dont ses prédécesseurs ont jonglé avec cette réalité, jusqu’à Ben-Zion Dinur qui choisit de déplacer l’exil à la période de la conquête arabe. La conversion fût l’une des raisons de la remarquable croissance numérique des adeptes du judaïsme à travers le monde de l’Antiquité avant la destruction du Second temple. Malheureusement, les ouvrages de popularisation de l’histoire ainsi que les manuels scolaires ont choisi de faire abstraction de ce fait. Les conversions forcées menées par les Hasmonéens suscitent aussi un certain malaise parmi l’historiographie juive. L’essor du christianisme puis son triomphe ultime au début du IVe siècle mit un point final à la ferveur prédicatrice du judaïsme.

Shlomo Sand met aussi en lumière différentes facettes de l’histoire juive qui sont souvent occultées. Il relate l’histoire du royaume d’Himyar qui resta aux mains du puissant pouvoir monothéiste juif du dernier quart du IVe siècle jusqu’au premier quart du VIe siècle de notre ère. Il revient aussi sur Kahina, la reine guerrière. Dans les années 1950 Ben-Zion Dinur évoquait la filiation khazar d’une grande partie des juifs ashkénazes. Sand défend aussi cette thèse. Il déplore la relégation de ce riche passé aux frontières de l’oubli.

Le dernier chapitre traite de l’évolution de la perception identitaire en Israël et des implications de la définition de ce pays comme « Etat juif ». Si l’on peut reprocher à Shlomo Sand un jugement sévère contre Israël, il faudrait toutefois vraiment être de mauvaise foi pour y voir un dénigrement gratuit.
"Étudiez comme si vous deviez vivre toujours; vivez comme si vous deviez mourir demain."

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité